Journal de Montréal



Journal de Montréal

24 janv. 2009 06h00 HE

Le Journal de Montréal décrète un lock-out

La direction a la responsabilité de mettre en place le modèle d'affaires qui assurera la pérennité du Journal et son leadership dans le marché. Le quotidien continuera à paraître malgré la situation.

MONTREAL, QUEBEC--(Marketwire - 24 jan. 2009) - Devant le refus de la partie syndicale de reconnaître l'urgence de la situation et la nécessité d'apporter des changements fondamentaux au modèle d'affaires du Journal de Montréal, de même qu'afin d'éviter que la publication du Journal soit perturbée par des moyens de pression, la direction du Journal a décidé de se prévaloir du droit qui lui est reconnu par le Code du travail et a décrété aujourd'hui un lock-out à l'égard des quelque 250 employés de la rédaction et de bureau couverts par le certificat d'accréditation détenu par le STIJM (Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (CSN)). Le Journal continuera toutefois de paraître malgré la situation.

"Non seulement le syndicat a-t-il servi un ultimatum à la direction du Journal de Montréal sur la base d'une position inchangée depuis le 15 janvier, mais il semble de plus en plus évident qu'en mettant une telle stratégie de l'avant, il n'avait d'autre intention que de conduire la négociation dans une impasse.", affirme Lyne Robitaille, éditrice du Journal de Montréal.

Bien que le syndicat tente de faire porter l'odieux du conflit de travail à l'employeur, il n'a laissé aucun choix à l'entreprise. La direction du Journal estime que ce conflit n'était pas souhaitable, dans la mesure où l'entreprise devrait se concentrer sur les défis qui lui sont imposés par la nouvelle réalité des médias. L'intransigeance du syndicat et son incapacité à accepter les mutations profondes qui ont affecté la presse écrite en Occident depuis plusieurs années l'a toutefois rendu inévitable. La direction espère quand même que la situation amènera les représentants des employés à faire face avec plus de réalisme aux enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Le Québec n'y échappe pas

Le cadre du renouvellement de la convention collective est déterminant pour l'avenir du Journal de Montréal et guidera ses opérations pour les prochaines années. En effet, le Québec n'échappe pas aux bouleversements qui frappent de plein fouet l'industrie des quotidiens payants, parmi lesquels la popularité indéniable des sites d'information sur Internet et les multiples autres médias gratuits, la modification des habitudes des lecteurs, la circulation des contenus sur les supports numériques, la disponibilité et la mise à jour de l'information en temps réel et la diminution des revenus publicitaires et des annonces classées.

Or, c'est afin que le Journal de Montréal demeure le chef de file de l'information qu'il a toujours été que la direction souhaite que le quotidien, à l'instar de plusieurs autres grands journaux, prenne rapidement et avec succès le virage numérique, un virage qui lui permettra d'offrir à ses lecteurs les nouvelles locales et les exclusivités qu'ils apprécient et ce, quel que soit le support ou le format qu'ils préfèrent, sur papier, sur Internet ou sur leur appareil mobile.

"La nouvelle réalité médiatique commande des changements importants dans les façons de faire. C'est pourquoi nous souhaitons investir pour aménager une salle de nouvelles plus moderne et plus performante, dotée d'équipements qui nous permettront de tirer profit des technologies multiplateformes et multimédias", explique Lyne Robitaille.

La version papier du Journal devra aussi être repensée pour tenir compte du nombre croissant de sources d'information gratuites et mises à jour en temps réel que sont l'Internet, les canaux de nouvelles continues et les appareils mobiles, notamment en proposant des reportages exclusifs, des enquêtes de fond et des nouvelles locales.

Réduction de coûts et productivité accrue

Par ailleurs, au-delà de l'adoption d'outils et de méthodes de travail qui soient à la hauteur de la réalité du XXIe siècle, les changements envisagés par la direction ont aussi pour objectif de réduire les coûts d'exploitation du quotidien, d'accroître sa flexibilité opérationnelle et la productivité de son effectif, trois conditions sine qua non pour redresser une rentabilité en baisse depuis plusieurs années.

L'appartenance du Journal au plus important groupe de presse au pays, Corporation Sun Media, ouvre d'ailleurs la porte à des synergies à même de contribuer à une réduction des coûts d'exploitation pour les secteurs non reliés au développement de contenus, tels que la comptabilité et les annonces classées. "L'impact d'Internet sur les annonces classées a été considérable, c'est un fait connu, et nous devons investir dans notre principal produit, c'est-à-dire l'information. Cela dit, comme il sera impossible de conserver tous les emplois, nous nous sommes déjà engagés à offrir aux employés qui devront quitter le Journal des primes de séparation généreuses accompagnées d'un service de relocalisation", observe Lyne Robitaille.

"De plus, il est important de rappeler que s'ils acceptent les demandes de l'employeur, les employés du Journal continueront à bénéficier des meilleures conditions et à être les mieux payés de l'industrie des médias", d'ajouter l'éditrice du Journal.

Des demandes extravagantes

La direction du Journal s'étonne que le syndicat refuse de reconnaître que les journaux payants québécois sont confrontés à la même réalité que ceux du reste du monde.

"Alors que ses membres bénéficient de conditions de travail supérieures à celles de 98 % des travailleurs québécois, alors que tous les observateurs d'ici et d'ailleurs s'entendent pour dire que les journaux sont en crise, alors que le monde entier fait face à une crise économique et ne demande qu'à embrasser une nouvelle ère de changement, comment un syndicat responsable peut-il se présenter à une table de négociation et réclamer des augmentations de salaire, l'aménagement d'une salle d'exercice, le droit de limiter le niveau d'encadrement du journal et l'augmentation des libérations syndicales ? Qui plus est, comment les dirigeants syndicaux peuvent-ils prétendre ne pas vouloir d'un conflit de travail alors qu'ils ont clamé sur toutes les tribunes qu'ils pouvaient procurer à leurs membres une indemnité de revenu non imposable équivalant à 76 % de leur salaire pendant deux ans ?"

"Les employés et leur syndicat ne cessent de faire valoir qu'ils ont été les artisans du Journal de Montréal. Ceci ne leur donne pas le droit de prendre son avenir en otage", de conclure Lyne Robitaille.

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